Coup d’oeil sur 40 ans de lutte contre le VIH

Coup d’oeil sur 40 ans de lutte contre le VIH

Tout commence il y a 40 ans, le 5 juin 1981, lorsque le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (US CDC) mentionne pour la première fois dans le Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR) un rapport faisant état de 5 cas de jeunes hommes californiens atteints d’une « maladie inconnue ».

La première description du Sida aux États-Unis. Source : Twitter @CDCMMWR

(Pour connaître l’histoire détaillée de ce 5 juin 1981, je vous invite à lire le billet de blog de Marc Gozlan dans Le Monde).

Ces 5 jeunes hommes partagent plusieurs points communs qui intriguent les médecins de l’époque : ils étaient tous en bonne santé, jeunes et homosexuels. Ils sont par ailleurs atteints de symptômes similaires : une infection pulmonaire rare (Pneumocystis carinii pneumonia – PNP) avec des co-infections inhabituelles et « opportunistes » (au cytomégalovirus ou candidose pour certains) et un système immunitaire déficient. Dans le même temps, des rapports font état d’un groupe d’hommes à New York et en Californie atteints d’un cancer très rare et agressif, le Sarcome de Kaposi.

Un jeune médecin parisien, assistant-chef de clinique au service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de La Pitié Salpêtrière, Willy Rozenbaum, prend connaissance de ce rapport le jour de sa sortie. L’après-midi même, il examine en consultation un homme de 38 ans présentant des caractéristiques et symptômes similaires. Il s’étonne et alerte.

Le 3 juillet 1981, le New York Times écrit son premier article sur cette maladie mystérieuse, ou « cancer gay » comme le titre le journal à l’époque.

Dans les mois qui suivent, plusieurs articles paraissent, notamment sur le sarcome de Kaposi chez des hommes homosexuels. En décembre 1981, les premiers cas de PNP sont rapportés chez des utilisateurs de drogues injectables.

En juin 1982, des cas sont rapportés au sein d’un groupe d’hommes homosexuels en Californie du Sud. Une des hypothèses de l’époque, cohérente avec les observations rapportées, est que les agents infectieux sont transmis sexuellement parmi les hommes homosexuels actifs. Le syndrome fut donc dans un premier temps nommé « Gay-Related Immune Deficiency » (GRID) ou même « the gay plague » (littéralement « la peste des gays »). Plus tard dans le mois, la maladie est signalée chez des hémophiles et des Haïtiens, ce qui amène beaucoup de personnes à penser qu’elle est originaire d’Haïti.

« The Strange, Deadly Diseases That Strike Gay Men. » Ce titre du Chronicle de 1982 était le premier article sur le Sida par Randy Shilts. Source : Twitter @sfchronicle

A ce stade, en quelques mois, la rapide augmentation des cas que les États-Unis ont constaté a permis de rapidement fournir des informations pour identifier des populations au sein desquelles la maladie se développe : homosexuels masculins (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ou HSH), héroïnomanes (usagers de drogues injectables), hémophiles (et personnes transfusées) et Haïtiens. À cette époque, la stigmatisation des malades reste très pesante. On parle encore de la « maladie des 4H ». Partant de ces observations, les médecins ont rapidement suggéré les modes de transmission de la maladie : transmission sexuelle (HSH) et par le sang (usagers de drogues injectables et sujets polytransfusés).

En septembre 1982, l’US CDC publie la première définition du SIDA – Syndrome d’ImmunoDéficience Acquise (en anglais ‘AIDS’ pour Acquired Immune Deficiency Syndrome) comme « une maladie au moins modérément prédictive d’un défaut de l’immunité à médiation cellulaire, survenant chez une personne sans cas connu de résistance diminuée à cette maladie ». Les principaux symptômes du Sida sont cette pneumonie rare et atypique associée à un sarcome de Kaposi avec/sans autres infections opportunistes. Le virus entraîne la disparition des lymphocytes T CD4 nécessaires au bon fonctionnement du système immunitaire. Il en résulte une sensibilité accrue aux infections et à certains cancers, principalement ceux dus à des virus (un prochain article de blog reviendra en détails dessus).

Des cas de Sida sont également rapportés dans de nombreux pays européens, comme en Espagne, en France ou encore en Suisse. Ainsi, en France en 1982, environ 48 cas de Sida sont diagnostiqués et aux États-Unis plus de 250 cas sont observés. Parallèlement, à la même période, on constate de nombreux cas de Sida sur le continent africain, notamment au Zaïre et dans les pays voisins des grands lacs comme le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda ou encore la Tanzanie, ainsi que dans les Caraïbes, tout particulièrement en Haïti. En Europe, de nombreux cas étaient aussi diagnostiqués chez des patients originaires de ces mêmes pays, notamment du fait des liens entre anciennes puissances coloniales et pays anciennement colonisés.

Des premiers cas de Sida chez des enfants sont identifiés pour la première fois la même année.

Dans les années 80, les messages pour évoquer cette infection sont très anxiogènes, comme ici, en Australie :

En 1983, des cas de Sida sont rapportés chez des femmes, partenaires d’hommes atteints par la maladie, suggérant qu’elle puisse se transmettre lors de rapports hétérosexuels également. La même année, Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, de l’Institut Pasteur en France, découvrent un nouveau rétrovirus qui pourrait être responsable du Sida et au départ appelé « Lymphadenopathy-Associated Virus » (LAV).

Luc Montagnier, Jean-Claude Chermann et Françoise Barre-Sinoussi, trois des scientifiques qui ont réussi à isoler le virus du Sida. Photo : Getty Images / AFP / Michel Clément

Les premières images d’une infection au VIH en microscopie électronique sont publiées dans Science.

Barré-Sinoussi, F., Chermann, J. C., Rey, F., Nugeyre, M. T., Chamaret, S., Gruest, J., Dauguet, C., Axler-Blin, C., Vézinet-Brun, F., Rouzioux, C., Rozenbaum, W., & Montagnier, L. (1983). Isolation of a T-lymphotropic retrovirus from a patient at risk for acquired immune deficiency syndrome (AIDS). Science (New York, N.Y.), 220(4599), 868–871. https://doi.org/10.1126/science.6189183

En juin, les premiers rapports sur le Sida chez les enfants laissent entendre qu’il pouvait être transmis par contact occasionnel, mais cette hypothèse a été écartée par la suite et on a conclu qu’ils avaient probablement contracté le Sida directement de leur mère avant, pendant ou peu après la naissance. Quelques mois plus tard, les CDC ont identifié toutes les principales voies de transmission de la maladie et ont exclu la transmission par contact occasionnel, par la nourriture, l’eau, l’air ou les surfaces. Les CDC ont également publié leur première série de précautions pour les travailleurs de la santé et les professionnels paramédicaux afin de prévenir la « transmission du Sida ». À la fin de l’année, le nombre de cas de SIDA aux États-Unis s’élevait à 3064 – dont 1292 étaient morts.

La couverture médiatique de la maladie explose. En 1984, le National Cancer Institute américain annonce avoir découvert la cause du Sida, le rétrovirus HTLV-III, qui est en fait le même virus isolé par l’Institut Pasteur une année plus tôt. Un test sanguin est créé pour dépister le virus dans l’espoir qu’un vaccin soit mis au point dans les deux ans…

En juillet, les CDC déclarent que le fait d’éviter la consommation de drogues injectables et le partage des aiguilles « devrait également être efficace pour prévenir la transmission du virus ». A Amsterdam, aux Pays-Bas, le premier programme de distribution d’aiguilles et de seringues est mis en place en raison des préoccupations croissantes concernant le HTLV-III/LAV.

Entre 1984 et 1985 a lieu en France le scandale du sang contaminé. En 1991, on découvre en effet que le Centre national de transfusion sanguine distribue aux hémophiles des lots de sang potentiellement contaminé par le virus du Sida. 300 hémophiles et 270 transfusés auraient ainsi contracté le VIH ces années-là. C’est d’ailleurs en mars 1985, que la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a homologué le premier test sanguin commercial, ELISA, pour détecter les anticorps au virus et que les banques de sang ont commencé à dépister l’approvisionnement en sang des États-Unis.

En avril, le département américain de la santé et des services sociaux (HHS) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) organisent la première conférence internationale sur le Sida à Atlanta, en Géorgie. Cette même année l’association AIDES est créée. En 1985, AIDES milite auprès du ministre de la Santé pour la modification de la loi qui interdit la publicité pour les préservatifs en France.

En décembre, le service de santé publique américain publie les premières recommandations pour prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant. A la fin de l’année 1985, toutes les régions du monde avaient signalé au moins un cas de Sida, soit 20 303 cas au total.

La une du magazine Time du 12 août 1985. Photo : Time

En mai 1986, le Comité international sur la taxonomie des virus déclare que le virus responsable du Sida serait officiellement appelé « VIH » (Virus de l’Immunodéficience Humaine) au lieu de HTLV-III/LAV.

Certains pays d’Amérique latine, d’Europe de l’Est, d’Asie centrale, ainsi que les USA, mettent en place des restrictions de voyage liées au VIH afin d’en réduire la transmission : cela s’avèrera complètement inefficace et discriminatoire. Ce n’est qu’en 2010 que le gouvernement des États-Unis a levé l’interdiction qui empêchait les personnes séropositives d’entrer au pays.

Source : https://www.unaids.org/fr/resources/presscentre/pressreleaseandstatementarchive/2019/june/20190627_hiv-related-travel-restrictions

ONUSIDA : « De nouvelles données indiquent qu’en 2019, environ 48 pays et territoires appliquent encore des restrictions, incluant le dépistage obligatoire du VIH et sa divulgation, comme conditions aux visas d’entrée, de séjour, de travail et/ou d’études. Une personne vivant avec le VIH sur cinq indique s’être vue refuser des soins de santé en raison de son statut sérologique ».

En février 1987, l’OMS lance le Programme mondial de lutte contre le SIDA afin de sensibiliser l’opinion publique, d’élaborer des politiques fondées sur des données probantes, de fournir un soutien technique et financier aux pays, de mener des recherches, de favoriser la participation des ONG et de promouvoir les droits des personnes vivant avec le VIH. L’organisation confirme la même année que le VIH pourrait passer de la mère à l’enfant pendant l’allaitement.

Le 19 Mars 1987, la US FDA approuve le 1er antirétroviral, la Zidovudine (AZT), développé initialement contre le cancer. « Dans cette étude publiée dans le NEJM, l’AZT permet de réduire la mortalité et la survenue d’infections opportunistes (ci-dessous les courbes d’incidence cumulée de la survenue d’infections opportunistes – PCB = Placébo et AZT = traitement). L’AZT induisait des effets indésirables importants (problèmes intestinaux sévères, vomissements, maux de tête, nausée). » (Thibaut Fiolet – quoidansmonassiette.fr)

Les toutes premières campagnes de sensibilisation et de prévention du début des années 80 ne s’adressaient qu’aux homosexuels ou aux consommateurs de drogues injectables. Mais on découvre rapidement que le virus peut contaminer tout le monde, et les affiches montrent, dès 1987, des couples hétérosexuels.

En 1987 toujours, l’association de médecins américains AMA oblige les médecins à prendre en charge les patients infectés par le VIH puisque certains refusaient encore de les soigner. À la fin des années 80, les malades réclament en effet une prise de conscience de la société. Le réveil est lent mais va s’opérer doucement grâce notamment à des films comme « Les nuits fauves » ou « Philadelphia ».

Dans ce sens, le 9 avril 1987, la princesse Diana inaugure le premier centre médical dédié aux malades du Sida en Angleterre, au Middlesex Hospital de Londres. Devant les télévisions du monde entier, elle fait visiter les lieux mais les 12 lits sont vides. Stigmatisés à une époque où la maladie est méconnue et terrifie, les patients préfèrent ne pas être filmés. Finalement, l’un d’eux accepte d’être photographié, de dos. La princesse, serre alors la main de cet homme séropositif. Un geste, qu’elle effectue sans aucune protection, et sans gant. Un acte impensable à l’époque car il va à l’encontre de l’idée selon laquelle le virus se transmettrait par simple contact physique, ou en respirant le même air que les personnes infectées. Dès le lendemain, la photo fait la Une des journaux et crée l’événement. Par cette poignée de main, Diana montre la voie et fait évoluer la vision que les gens ont du Sida.

Anwar Hussein/WireImage – The Washinton Post.

Le 1er décembre 1988 est déclarée comme journée internationale de lutte contre le SIDA à l’initiative de l’OMS. Dans les années 1990-99 : les disparités socio-économiques liées au VIH sont mises en avant. Le CDC rapporte que les Afro-Américains représentent 49 % des décès, aux États-Unis, soit environ 10x plus que chez les « blancs » infectés par le VIH. Le VIH (HIV infection sur le graphique) devient la première cause de décès chez les hommes âgés de 25-44 au début des années 90 d’après l’US CDC.

En 1990, l’AZT est autorisé pour traiter les enfants aux USA. En 1994, l’utilisation d’AZT sera également recommandée pour prévenir la transmission mère-enfant du VIH, les recherches montrant en effet que l’AZT réduit de deux tiers le risque de transmission verticale du VIH de la mère à l’enfant pendant la grossesse. Les messages de santé publique soulignent l’importance de la prévention de la transmission avec le préservatif, les tests et le traitement.

NB : Entre 1990 et 1995, la France connaît les années de cendre. « Les gens contaminés dans les années 1980, après avoir survécu quelques années, sont décédés en nombre. C’est à cette époque qu’il y a eu le plus de morts », explique Antoine Henry, responsable de la communication chez AIDES. Ce drame sanitaire provoque un sursaut des pouvoirs publics. C’est le boum des campagnes de prévention et de promotion du préservatif, seul moyen de se protéger du Sida. « C’était la capote ou la mort », raconte Antoine Henry.

En 1990 toujours, Benetton lance une campagne publicitaire très controversée dans laquelle elle reprend une photographie initialement publiée dans Life en 1990. La famille de David Kirby a autorisé l’entreprise à s’en servir. Sur son site, Benetton explique que l’image intitulée « Pieta » montre le malade qui apparaît tel Jésus, entouré de ses proches. Devant les nombreuses critiques qui reprochèrent à Benetton d’avoir exploité la mort de David, son père Bill a rappelé que la marque avait surtout attiré l’attention sur son combat. L’entreprise de vêtements a publié d’autres publicités associées aux VIH/Sida par la suite.

Cette photo tirée d’une campagne de publicité controversée de Benetton dans les années 1990 frappe l’imaginaire. Le Sida atteint la cellule familiale : un père au chevet de son fils mourant. Photo : Bennetton / Therese Frare

L’homosexualité est retirée de la liste des maladies mentales de l’OMS en 1991, année au cours de laquelle le ruban rouge devient le symbole international de sensibilisation au Sida. En 1992, le test de dépistage du VIH est remboursé à 100%.

Avant 1998, la France renvoyait toujours des personnes en situation irrégulière atteintes du Sida dans leur pays d’origine comme le montrent cette affiche :

Dans ces années 90, les organisations militantes contre le VIH promeuvent une solidarité mondiale et le soutien aux personnes vivants avec, ils font pression pour un financement accru de la recherche sur le VIH et luttent contre les stéréotypes.

Les premières trithérapies arrivent en France en 1996. Celles-ci se basent sur deux inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI), plus un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse ou un inhibiteur de l’intégrase du VIH. En 1997, pour la 1ère fois, le nombre de nouveaux cas de VIH chez les hétérosexuels dépasse celui des homosexuels.

On estime que 90 % des personnes contaminées par le virus du Sida vivent dans les pays en voie de développement. De plus, la maladie se répand à un rythme impressionnant. L’ONU SIDA estime que 30 millions de personnes sont séropositives dans le monde, ce qui équivaut à 16 000 nouvelles infections par jour.

L’association Solidarité SIDA créée en 1999 le 1er festival Solidays.

En 1999, l’OMS annonce que le Sida est la quatrième cause de mortalité dans le monde et le tueur numéro un en Afrique. On estime que 33 millions de personnes vivent avec le VIH et que 14 millions de personnes sont mortes du Sida depuis le début de l’épidémie.

En 2000, Bette Korber, du laboratoire américain de Los Alamos, et ses collègues ont publié une première étude remarquable s’appuyant sur les séquences génétiques d’environ 150 isolats de VIH-1 des différents sous-types provenant de patients dont la date d’infection était connue, comprise entre 1983 et 1998. Leurs résultats suggèrent que le « premier VIH » aurait été transmis à l’humain aux alentours de 1930. Kinshasa aurait été le premier centre urbain touché par le VIH. Voir l’article de Francis Barin « Sur les traces de l’origine du Sida » dans Pour La Science n°523 pour tout savoir sur les origines du VIH

« Le taux d’incidence global du Sida en Europe de l’Ouest était de 22 cas par million d’habitants en 2000, à peu près 5 fois supérieur à celui de l’Europe Centrale et 8 fois supérieur à celui de l’Europe de l’Est (EuroHIV). L’incidence du Sida continue à diminuer en 2000, à un rythme de décroissance comparable à celui observé en 1999 (–11 % comparé à celui de l’année précédente) mais plus faiblement que ceux observés en 1997 (–32 %, immédiatement après l’introduction des trithérapies antirétrovirales) et en 1998 (–23 %). Le nombre des décès parmi les cas de Sida continue aussi à diminuer, avec un taux annuel moyen de –30 % entre 1997 et 2000. Voici les courbes d’incidence des cas de Sida en France : » (Thibaut Fiolet – quoidansmonassiette.fr)

En 2002, la FDA approuve le premier test rapide VIH qui possède 99,6% de précision et dont le résultat est obtenu en 20 minutes. La même année, près de 65% des personnes infectées par le VIH s’estiment discriminées. Le VIH devient la cause principale de mort chez les personnes âgées de 15 à 59 ans dans le monde.

En 2003, l’enfuvirtide, un autre antiviral, est mis sur le marché et la déclaration obligatoire de séropositivité en France est instituée.

Depuis le début des années 1990, les messages de prévention du Sida jouent sur la peur. Le message qui prévaut dans les discours des pouvoirs publics est : « le Sida, c’est la mort ». Mais à partir des années 2000, les personnes séropositives vont mieux, les stigmates de la maladie ne se voient plus sur les visages et les corps. « Il était décalé de continuer de véhiculer des messages de peur et contre-productif, explique Antoine Henry. La campagne de 2002 a été la dernière de ce genre. »

« Qu’est ce qu’elle a ma gueule ? » En 2006, de nombreuses personnalités publiques comme Johnny, Elie Semoun, Diam’s, Murielle Robin… prêtent leur image pour une nouvelle campagne d’AIDES. « Nous voulions que les gens s’identifient à ces stars, explique Antoine Henry. Cela a incroyablement bien marché, on a senti un changement de regard de la population vis-à-vis des personnes séropositives  ».

En 2007, l’OMS et ONUSIDA recommandent « la circoncision masculine à tout âge comme une stratégie additionnelle dans la lutte contre le VIH ». La circoncision réduirait en effet de 76 % les risques d’infection par le VIH chez les hommes, montre une étude française menée en Afrique du Sud. Cela restera très controversé.

Le traitement antirétroviral est reconnu également comme moyen de prévention de la transmission du VIH d’une personne infectée à une personne séronégative. L’étude HPTN 052 mise en avant dans Science comme « Avancée de l’année » sur 1 763 couples stables sérodifférents (un partenaire séropositif et l’autre séroné­gatif) montre que le traitement TasP (Treatment as Prevention) réduit de 96 % la transmission du VIH ! C’est à dire que quelqu’un qui suit son traitement arrive à une charge indétectable de VIH et ne peut plus le transmettre.

Les résultats de l’essai CAPRISA 004 sont présentés lors de la Conférence de Vienne de 2010. Cet essai est le premier à démontrer que l’utilisation d’un gel microbicide à base de médicament antirétroviral (1 % de ténofovir) peut considérablement réduire les risques d’infection au VIH chez les femmes.

Dès 2011 et l’étude iPrEx, plusieurs essais cliniques démontrent que la PreP permet de réduire très fortement le risque d’infection au VIH à titre préventif chez les personnes séronégatives (non infectées). C’est un outil supplémentaire dans la prévention. En 2012, la FDA approuve le Truvada comme traitement préventif (PreP) chez les personnes à haut risque. En France, l’essai Ipergay sur la PreP chez les homosexuels commence. Il s’avèrera positif.

La PreP était surtout réservée au personne à risque mais maintenant, des scientifiques appellent à en faire la promotion pour tous comme outil complémentaire au préservatif.

Source : preventionsida.org

L’UNAIDS également lance en 2014 les ambitieux objectifs 90-90-90 qui visent à ce que 90 % des personnes vivant avec le VIH soient diagnostiquées, que 90 % des personnes diagnostiquées aient accès à un traitement antirétroviral et que 90 % des personnes ayant accès au traitement parviennent à une suppression virale d’ici 2020.

En septembre 2015, l’OMS lance de nouvelles directives de traitement, suite aux résultats de l’essai clinique d’envergure START, recommandant que toutes les personnes vivant avec le VIH reçoivent un traitement antirétroviral, quel que soit leur taux de CD4, et le plus tôt possible après leur diagnostic.

En 2017, pour la première fois, plus de la moitié de la population mondiale vivant avec le VIH bénéficie d’un traitement antirétroviral, soit un nombre record de 19,5 millions de personnes. Des organisations du monde entier soutiennent le slogan « Undetectable = Untransmittable » (U=U) ou « Indétectable=Intransmissible » (I=I). Ce slogan anti-stigmatisation lancé par la Campagne d’Accès à la Prévention s’appuie sur des preuves scientifiques solides selon lesquelles les personnes qui ont respecté le traitement et atteint une charge virale indétectable ne peuvent pas transmettre le virus. En 2017,  « I=I » est devenu un message déterminant de la réponse au VIH dans de nombreux pays disposant de ressources importantes, mais il n’a pas eu le même impact dans les pays à faibles ressources, où le suivi de la charge virale est plus difficile.

En 2018, Les résultats finaux des études PARTNER 2 et Opposites Attract sont publiés. Les deux études confirment à nouveau que les hommes gais séropositifs ayant une charge virale indétectable ne transmettent pas le VIH lors des relations sexuelles anales.

En 2019 enfin, 923 nouveaux diagnostics de VIH ont été réalisés en Belgique. Ce qui correspond à 2,5 nouveaux diagnostics par jour. Ces chiffres sont présentés dans le rapport annuel sur la situation épidémiologique du VIH publié par Sciensano, l’Institut belge de la santé. Après une diminution de 28 % du nombre de nouveaux diagnostics entre 2012 et 2018, un plateau semble avoir été atteint en 2019, avec une légère augmentation de 4 % par rapport à 2018. Toutefois, la tendance à la baisse des années précédentes se poursuit pour les hommes belges ayant des relations sexuelles avec des hommes. L’épidémie de VIH en Belgique est également de plus en plus diversifiée en terme de profils des populations touchées.

Un vaccin contre le VIH a été testé avec succès sur des rongeurs, en réussissant, là où les autres tentatives ont échoué, à générer une puissante réponse du système immunitaire. Cette nouvelle stratégie vaccinale a été mise au point par des scientifiques américains de l’institut de recherche Scripps de San Diego en Californie. Si ces résultats se confirment chez l’humain, ils représenteraient la plus importante percée dans la lutte contre le VIH des 30 dernières années, estiment le biophysicien Jiang Zhu et ses collègues. Ils pourraient en fait mener à la conception d’un vaccin contre le VIH.

En 2019, un deuxième cas de rémission durable du VIH chez un patient à la suite d’une transplantation de moelle osseuse provenant d’un donneur porteur d’une mutation génétique résistante au VIH, le « patient de Londres », est annoncé lors de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI), 10 ans après le « patient de Berlin ».

Timothy Ray Brown, aussi connu sous le surnom de patient de Berlin, n’a pas présenté de signes du virus depuis 12 ans. Photo Associated Press / Manuel Valdes

L’OMS met à jour ses recommandations sur la PrEP afin d’inclure l’utilisation de la PrEP à la demande comme solution de remplacement à la PrEP orale quotidienne pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes.

Des chercheurs de l’UZ Gent localisent cette année-là le réservoir viral du Sida.

Malgré des réussites dans certains pays, les cibles mondiales 90-90-90 établies pour 2020 n’ont pas été atteintes. En 2018, on estime à 18 335 le nombre de personnes vivant avec le VIH en Belgique. Parmi elles, 91 % étaient diagnostiquées, 92 % recevaient un traitement antirétroviral et 94 % avaient une charge virale indétectable. La Belgique a ainsi atteint les objectifs mondiaux de l’ONUSIDA 90-90-90 et est en bonne voie pour atteindre les objectifs 95-95-95 pour 2030.

Aujourd’hui, plusieurs dizaines de millions de personnes dans le monde sont porteuses du virus du Sida, près de 40 millions en 2017, selon l’OMS. On estime aussi que 40 millions de personnes sont mortes de cette pathologie depuis le début de la pandémie. Sans traitement adapté, les chances de survie au-delà de dix ans après la contamination sont infimes. Cependant, aujourd’hui, le Sida n’est plus considéré comme une maladie mortelle, mais comme une affection chronique.

Quarante ans après la découverte du Sida, aucune région du monde n’a été épargnée. D’après les données de 2019 de ONUSIDA, environ 75 millions de personnes auraient été infectées depuis le début de l’épidémie, faisant de cette infection la pandémie qui a marqué la fin du XXe siècle. Malgré les traitements actuellement disponibles, la situation est loin d’être contrôlée, avec plus de nouvelles personnes infectées chaque année dans le monde (1,7 million en 2018 selon l’OMS) qu’il n’y a de décès associés constatés (770 000 en 2018). Apparu en Afrique, le Sida est un révélateur de plus des déséquilibres mondiaux qui persistent, car il continue d’affecter de façon disproportionnée ce continent du fait de son contexte socioéconomique défavorable.

Pour finir, un petit rappel des moyens de prévention du VIH :

  • l’utilisation du préservatif
  • le recours à la PrEP (Prophylaxie pré-exposition), qui consiste à prendre un médicament anti-VIH avant et après un rapport sexuel à risque.
  • le dépistage précoce du VIH après une prise de risque
  • la mise en place immédiate d’un traitement en cas de diagnostic positif, afin que le virus ne puisse plus être transmis

Je vous recommande également de regarder le film « 120 battements par minute », qui a eu le Grand Prix de Cannes en 2017.  

https://youtube.com/watch?v=C5wiP5

Rapideye – Getty Images


L’ensemble des sources utilisées pour la rédaction de cet article sont mentionnées dans le texte.

Pour en savoir plus :

Le journal The Lancet a publié une série d’articles: https://www.thelancet.com/hiv-40

Sur la même thématique, l’article de Thibault Fiolet : https://quoidansmonassiette.fr/historique-retour-sur-40-ans-de-lutte-contre-le-vih-sida-en-images/

L’article de l’INSERM sur le VIH : https://www.inserm.fr/dossier/sida-et-vih/

Chronologie aux USA : https://www.hiv.gov/sites/default/files/aidsgov-timeline.pdf

Chronologie en France : https://www.aides.org/sites/default/files/Aides/bloc_telechargement/AIDES_FRESQUE%20HISTORIQUE_2018-12-20_BD.pdf

One comment

  1. Sébastien

    Superbe article ! J’aime beaucoup le fait d’avoir remis des vidéos d’archive pour illustrer les propos du texte. Vraiment agréable à lire et très instructif.

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